Critique du 30 octobre
Après neuf longues années d'absence scénique,
Bashung décide de remettre la gomme. La surprise devrait
être sombre et majestueuse comme L'imprudence, titre
de son dernier album.
C'est dans une Coopé affichant naturellement complet que
cette soirée va débuter dès 20h45. Avec une
scène modifiée, par rapport à la
répétition privée (pyramide moins
inclinée, donc plus basse. Écrans vidéos, disposés
de chaque côté, plus petits), le collectif que forme
Bashung avec ses sept musiciens va dégager une force
remarquable.
Surplombant la scène, le batteur Arnaud Dieterlen,
sera la tête de proue de cet édifice original. Les
six autres musiciens prendront places, quand à eux, de chaque
côté de la pyramide. Cet ensemble étant agrémenté
par un voilage transparent qui drapera le devant de la scène.
Dès les premières notes, le superbe voilage s'écartera
pour laisser place au maître de cérémonie. Vêtu
de la plus sombre des couleurs, Bashung attaquera son show
par le superbe " Tel ", titre issu de son dernier
album. D'emblée, et ce malgré le recul de la répétition
privée, ce moment fort et bouleversant, va nous plonger au
cur de la noirceur ambiante. Les sons que sortent Nicolas
Steven et Jean-François Assy respectivement de
leur violon et violoncelle nous cisaillent le corps et l'esprit.
Dans le même temps, le talentueux Brad Scott nous évite
l'effondrement total avec une partie de contrebasse lourde et fracassante.
Houa, cela promet d'être grave !!!
L'interprétation magnifique de ce morceaux lancera le show
de la meilleure des façons. La route qui va nous mener dans
nos derniers retranchements est prise en ligne de mire. Mais comment
faire pour sortir indemne de tant d'émotions, de passions
? Face à cet homme torturé, tout, ou plutôt
rien ne semble inaccessible.
Cette partie du show sera donc des plus obscures et des plus touchantes.
Toute cette magie sera d'ailleurs accentuée avec la mise
en route des deux écrans vidéo à partir de
" Faites monter ", troisième morceau du
set. Amenant une dimension de profondeur encore plus impressionnante
à l'ensemble, les images diffusées (merci à
Dominique Gonzales-Foster) en noir et blanc finiront d'installer
le public dans un état de torpeur déroutante. Tout
devient religieux. Personne ne paraît pouvoir réagir
face à tant d'émotion." La nuit je mens
", " Sommes nous ", " L'irréel
", " Le dimanche à Tchernobyl ",
" Fantaisie militaire " et bien d'autres titres
continueront à maintenir cet état de splendeur.
La trentaine de morceaux joués durant le concert permettra
un parfait survol de la carrière de Bashung. Bien
entendu, le show est parfaitement réglé. Les lumières
se marient à merveille selon l'atmosphère des différents
titres. Le son, puissant et clair, ne fera qu'amplifier un timbre
de voix ténébreux, étrange et ensorcelant.
Les notes ciselées par les deux guitaristes Yan Pechin
et Geoffrey Burton ainsi que par le clavier Adriano Cominotto
finiront d'embellir un ensemble déjà bouleversant.
La première partie du set se terminera par l'inévitable
" Vertiges de l'amour " enchaîné après
une présentation simpliste de ses musiciens et sur quelques
mots, si rares, "
merci, vous êtes mes géniteurs
".
Le rappel qui interviendra après une heure trente de concert
sera un autre grand moment. L'intervention de Chloé Mons
(la compagne de Bashung) va nous faire replonger dans des
dédales obscurs et insoupçonnés. Interprétant
trois titres, le duo enchaînera un poignant " 2043
", un splendide " Faisons envie " plein d'amour
et de tendresse et un plus difficile " Cantique des cantiques
". Le sommet semble enfin se dévoiler
Mais n'en
croyez rien car l'enchaînement avec " Madame rêve
" sera le coup de grâce. L'interprétation de ce
magnifique morceau sera renversante. Comment arriver à surnager
après cela ? Je ne le sais pas et je ne veux surtout pas
le savoir. Mon Dieu je suis en plein rêve, cela ne change
pas d'ailleurs !! Le retour sur terre s'annonce plus que difficile...
Ce n'est qu'après deux heures dix de concert que Monsieur
Alain Bashung va tirer sa révérence. Repartant
comme il est venu. : tout de noir vêtu.
Hier soir, un grand homme de la chanson française nous a
offert un concert splendide, poignant et d'une force émotionnelle
insoupçonnable. Comme le disait Serge Gainsbourg,
à qui il ressemble de plus en plus : cet homme est "
CLASSIEUX ".
Jean-Michel Planat
Vous pouvez également lire la chronique de Pierre
Andrieu et les critiques concernant la répétition
publique par Pierre et Jean
Michel...
Nous vous invitons à écouter
l'intégralité de l'interview de Bashung sur France
Bleu Pays d'Auvergne. |