Critique du 6 mars
Buck 65 et General Electrics ont permis
au nombreux public rassemblé dans le club de la Coopé
de passer un excellent moment hip-hop/funk. Malgré le froid
sibérien et la neige de cette fin de mois de février,
la promo conséquente effectuée autour de Buck 65
et lexcellent bouche à oreille autour des shows du
Canadien ont permis de faire sortir les gens de chez eux pour une
musique pas forcément facile daccès au premier
abord.
En première partie, General Electrics
a donc pu présenter son premier album dans de très
bonnes conditions. Dès larrivée flamboyante
du groupe (sur un instrumental hyper funky et groovy) on pense aux
prestations colorées et déchainées du groupe
de Beck sur la tournée Midnite Vultures. La
palme de l'excentricité revenant sans conteste au bassiste/claviers
avec sa coiffure afro extravagante et ses multiples poses, un peu
trop sérieuses malgré tout
Concentrés,
les quatre musiciens ont néanmoins lair de prendre
un pied incroyable à jouer un funk teinté delectro
et de hip-hop. Les claviers du cerveau du groupe, Hervé
Salters, donnent une couleur à lensemble des morceaux
en adoptant des sonorités roots dorgue Hammond ou en
partant dans des délires électro. Curieusement, les
nombreux solos effectués nentraînent pas des
replis stratégiques vers le bar, ils provoquent même
sourires enjoués et danses sexy. On peut seulement reprocher
à General Electrics des parties vocales pas toujours
très marquantes
Après 45 minutes de set (qui
ont paru durer la moitié), tout le monde semblait ravi par
ce réjouissant warm-up.
Une écoute approfondie des albums Talkin honky blues
et Square ne peut laisser supposer le feu dartifice
que constitue une prestation scénique de Buck 65.
On pense assister à un concert de hip hop classique et à
la place on découvre le One Man Show dun acteur
né réussissant à faire passer son auditoire
par des sentiments contrastés. Comme son compatriote Hawksley
Workman, ce tchatcheur fou semble être né pour
monter sur les planches.
Dès le premier titre, Buck 65 réussit à
créer une connivence avec le public en mimant ses paroles.
Souvent sombres et habités par une voix de bluesman revenu
de tout à la Tom Waits, les textes impressionnent
par leurs capacités évocatrices et leur impact presque
dignes dun Johnny Cash. La sobriété manifeste
des musiques - des beats hip-hop et quelques samples bien sentis
- n'est pas gênante, bien au contraire ; on vit littéralement
les histoires racontées par ce maître de cérémonie
un peu particulier. Buck 65 mélange en effet habilement
le hip hop et les guitares country folk (le tubesque Wicked and
Weird), bâtit un fascinant morceau avec des cordes et
des guitares Western (Roses and blue jays), compose un rap
ultra puissant se terminant en déluge métallique (463)
ou se permet de sampler le génial riff dintro de No
one knows des Queens of The Stone Age pour en faire une
chanson bien à lui. Plus tard, on assiste à des moments
plus expérimentaux mais tout aussi impressionnants ; linspiration
de ce personnage ne semblant jamais devoir se tarir. Les titres
se terminent souvent en séances de tortures des platines,
les scratches virtuoses et destroy manquant même de faire
rendre lâme à la sono par deux fois !
Entre ses excellentes compositions - ou parfois en plein milieu
-, Buck 65 fait preuve dun humour aussi ravageur que
surprenant. Il commence par imiter Mick Jagger de manière
hilarante et impromptue, puis il envoie un sample du Poinçonneur
des lilas de Serge Gainsbourg et fait mine de chanter
par-dessus, enfin il ridiculise le Que je taime du
regrettable Johnny Hallyday. En le voyant mimer ses textes
et partir dans de mini sketches improvisés, on se dit que
lon a en face de soi une sorte de Charlie Chaplin du
hip-hop. Extrêmement brillant !
Site Internet :
www.buck65.com.
Pierre Andrieu
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