FRANK BLACK AND THE CATHOLICS + SERAFIN
 


Critique du 18 novembre

L’écoute du premier disque du groupe anglais Serafin (No Push Collide, un disque estampillé « Rock Sound ») n’avait pas particulièrement convaincu, on attendait donc le concert pour se faire une idée.


Dès l’apparition du groupe dans une grande salle de la Coopé bien garnie, on remarque que Serafin sait jouer et faire le spectacle. Cependant, il y a un léger problème : ces jeunes gens ne savent pas écrire de chansons. Les mêmes ficelles sont utilisées encore et encore et ce n’est que le début, d’accord, d’accord…

Tout d’abord, pour que ça marche, il faut un chanteur torturé à la Matthew Bellamy de Muse, Ben Fox Smith fait l’affaire mais il a une voix monocorde sans intérêt particulier. Après, il faut composer des chansons avec le son de Placebo, c’est ce qui marche en ce moment. Nous avons donc droit à de grosses lignes de basse et des riffs de guitare trop souvent entendus ces jours-ci. Enfin, en ces temps de soi-disant retour du rock ‘n' roll, il faut en faire des kilos dans le style déjanté. Ronny Growler, le batteur, choisit donc de se coiffer comme Liam Gallagher (une preuve de goût assurément). Le bassiste Ben Ellis, sosie improbable de Thom Yorke, nous gratifie, lui, d’un t-shirt Bruce Lee, d’un bandeau anti-transpiration à la Bjorn Borg et d’un jeu ultra démonstratif. Enfin le guitariste Darryn Harkness, qui semble plus chargé que Richard Virenque à la veille d’une étape de montagne, gesticule, court sur scène avec un air ultra concerné, actionne ses pédales mais à part ça, rien de bien folichon… Serafin a du pain sur la planche s’il veut accéder à la première division…

Loin des gesticulations du monde de la musique, Frank Black continue de faire ce qu’il a à faire. Pour notre plus grand plaisir… Sur scène, son truc a toujours été de martyriser consciencieusement sa guitare en hurlant sans s'éloigner de plus d'un mètre de son pied de micro. L’homme a néanmoins pris soin de composer chez lui une série de morceaux qui resteront dans l’histoire du rock. Ce n’est pas David Bowie et Brian Molko de Placebo qui diront le contraire, eux qui reprennent note à note sur scène et sur disque Cactus ou Where is my mind… Deux titres des Pixies qui seront magistralement joués à la fin du concert (comme les hymnes Nimrod’s son, Velouria ou Caribou) par un Frank Black en grande forme vocale. C’est là la deuxième caractéristique du leader des Catholics : il possède des cordes vocales en acier trempé qui lui permettent de chanter suavement des morceaux country rock, de hurler du punk rock ou de lâcher des cris hystériques sur des morceaux violemment rock.


Après un geste de la main discret pour dire bonjour à tout le monde, Frank Black enchaîne sans temps morts une heure dix durant des morceaux de son répertoire solo, en commençant par Robert Onion, un excellent morceau extrait de Dog in the sand. Les connaisseurs reconnaîtront plus tard avec jubilation Headache, (I want to live on an) Abstract Plain et Freedom rock, tous trois présents sur l’album de punk/pop Teenager of the year. Vissé à son micro, les yeux fermés et dégoulinant de sueur, Frank Black chante divinement tandis que les Catholics (Scott Boutier, batterie, David McCaffrey, basse, David Philips et Rich Gilbert, guitares, Pedal Steel, piano, chœurs) font leur boulot correctement. De nombreux titres sont empreints de saveurs country (Pedal Steel Guitar, claviers, guitare sèche) comme New house of the Pope, My favorite kiss, When will happiness find me again ou Horrible day qui figurent sur Show me your tears, le très bon dernier album. Car, si Frank Black vénère les Ramones et les Beach Boys, depuis quelques albums il aime à composer des chansons dans la veine de l’album Exile on main street des Rolling Stones. Cela donne une série de morceaux plutôt réussis mais qui effrayent un peu les fans trop exclusifs des Pixies. Il est vrai que quand le guitariste extra-terrestre androgyne Rich Gilbert se lance dans des solos en tapping, on regrette Joey Santiago. Mais tout ceci est très bref, de plus l’homme bouge d’une manière tellement surprenante qu’il est fascinant à regarder !

Après nous avoir gratifié des titres les plus rock de son dernier opus, les réjouissants Nadine et Massif Centrale, Frank Black And The Catholics concluent leur set par une superbe reprise de Tom Waits, The Black Rider. Un large sourire aux lèvres, Frank Black salue tout le monde, rejoint brièvement les loges et embraye sur un formidable rappel de vingt minutes donnant la part belle aux morceaux des Pixies. Puis, le devoir accompli, notre homme déclare en français « Merci bien, à la prochaine ! ». Nous y serons !

Pierre Andrieu

Photos : Benjamin Hort

Vous pouvez également lire les chroniques de Jean-Michel Planat et de Michel Michel

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