VALéRIE LAGRANGE + CAMILLE
 


Critique du 7 novembre


La semaine s’annonce chargée en concerts plutôt rock ‘n roll à la Coopérative de Mai : Frank Black And The Catholics et Serafin le 5, Parabellum et The Finger le 6, et enfin, The BellRays et The Sailors, le vendredi 7 novembre 2003… Le premier concert de la semaine (Valérie Lagrange avec Camille en première partie) était, lui, plutôt orienté chanson française, il n’a pas drainé les foules vers le club de la Coopé…

La jeune chanteuse parisienne Camille avait déjà fait une très prometteuse apparition à la Coopérative de Mai il y a un an. Accompagnée par le guitariste Sébastien Martel et un contrebassiste, elle avait conquis le public avant de participer à la grande jam session finale avec les deux autres groupes, Bumcello et Dupain. Entre-temps, Camille a été remarquée par Jean-Louis Murat, celui-ci l’a d'ailleurs invitée à jouer les chefs de chœurs sur son album Lilith.

C’est avec trois musiciens (contrebasse, claviers, guitare sèche) qui jouaient pour la première fois ensemble que Camille a présenté à nouveau les chansons de son premier album Le sac des filles. Grâce à une très belle voix, à des textes simples mais bien troussés et à un charisme naturel, la jeune chanteuse a réussi à se mettre dans la poche le public de Valérie Lagrange. Elle a même obtenu deux rappels bruyamment réclamés. Lors de ce moment privilégié pour communier avec le public, elle choisira de reprendre L’amour qui passe, un superbe morceau de Jean-Louis Murat dans une version dépouillée presque a capella. Ainsi Camille faisait encore preuve de ses qualités d’interprète… Comme la mutine chanteuse sait en plus écrire des chansons, on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter !

Sorti en 2003, le nouvel album de Valérie Lagrange constituait une bonne surprise. Aussi a-t-on été d’autant plus surpris par le côté baloche et impudique du concert donné par Valérie Lagrange et ses musiciens… Même si la dame touche par sa franchise en évoquant longuement son passé tourmenté entre les chansons, ce déballage incessant a quand même parfois un côté pathétique. La chanson qu’elle interprète seule à la guitare sur son « papa » cassé par la guerre étant le point d’orgue de cette thérapie en public.

Malgré cela et en dépit d’un groupe un peu juste, Valérie Lagrange a réussi à toucher grâce à sa simplicité et à sa voix. Les morceaux choisis ont souvent des accents déchirants et charrient des torrents de regrets. La tonalité est donc à la mélancolie que Valérie Lagrange écrive les textes elles-mêmes ou qu’elle empreinte à Georges Brassens (La prière) , Jack Kerouac (Kerouac), Arthur Rimbaud (Sensations), Benjamin Biolay (Fleuve Congo, Idées reçues), Jean Giraudoux (La chanson de Tessa) ou Serge Gainsbourg (La Guerilla). L’anecdote qu’elle raconte à propos du grand Serge est d’ailleurs assez savoureuse… Avant d’entrer en studio pour enregistrer La Guerilla, Valérie Lagrange avait dû subir une soirée « lamentable » avec Serge à traîner de bars en bars à Paris sans avoir grand chose à se dire. La belle, amoureuse d’un autre, sachant parfaitement où le séducteur pétrifié par la timidité voulait en venir. Cela donne une belle chanson dont Valérie Lagrange elle-même ne sait pas si elle parle ou non de cette soirée pas très réussie…

Un peu comme cette soirée qui sera au final plutôt déprimante malgré quelques bons moments et des tentatives reggae (il faut plus me la faire) ou arabisante… Il est dommage que le duo avec Benjamin Biolay sur La chanson de Tessa, très bon sur le disque, ne soit que virtuel en concert. Pour conclure en beauté un concert très inégal, Valérie Lagrange reprend une des plus belles chansons jamais écrite (Pale blue eyes de Lou Reed) dans une version sobre qui permettra de garder quand même un bon souvenir de cette soirée…

Pierre Andrieu

Vous pouvez également lire la chronique de Jean-Michel Planat

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