Critique du 2 juin

« La Position du Tireur Couché
? Ils auraient peut-être mieux fait de rester couchés
! C'est mou, copié, déjà vu (merci Gainsbourg
et Bardot). Le chanteur "imite" Lloyd Cole
ou Lou Reed, bref une pure arnaque. » Voilà
le genre de réaction - fort drôle - que peut provoquer
Acapulco le premier album du groupe clermontois... Cette «
chronique » lue sur www.concertandco.com
est signée dun laconique : « Steve,
batteur », sans doute un fan de Sinsémilia,
Stiv Bator, The Darkness, Muse (ou Mötley
Crüe) heurté dans sa sensibilité de musicien
par la pop décalée et légère des Tireurs
Couchés.
Inutile de dire quen se délectant de la prestation
réjouissante de La Position du Tireur Couché
à la Coopérative de Mai, on ne ressentait pas exactement
la même chose que notre ami Steve.
 
A notre avis, les cinq authentiques faux branleurs - désormais
souriants et plutôt décontractés sur scène
- ont donné leur meilleur concert pour fêter la sortie
de leur excellent premier disque. Grâce à un répertoire
personnel composé de tubes en puissance (Acapulo, Bête,
Le James Bond Du Quartier etc, etc.) entrecoupés de reprises
bien senties signées Lou Reed (Pale Blue Eyes),
Serge Gainsbourg (Harley Davidson) ou Lee Hazelwood
(These boots are made for walking), les nombreuses personnes
réunies dans le club de la Coopé ont semble-t-il passé
une excellente soirée
Bien sûr, il y aura bien
quelques très petites fausses notes - le guitariste ou le
batteur soubliant momentanément - et une chanson un
peu pompée sur les Little Rabbits (mais non retenue
sur lalbum) mais comment bouder son plaisir, à moins
dêtre un frustré notant chaque « erreur
» sur un calepin ? Comme à chaque fois, on se laisse
surprendre par ces morceaux bien écrits chantés par
la pin-up Gaëlle, le play-boy timide Fred ou
en duo de charme honteusement coquin. Linstrumentation minimale
permet de faire ressortir la qualité des compositions tout
en mettant en valeur les petits détails kitschissimes dont
sont truffés les morceaux. Pour que le bonheur soit total,
des projections en fond de scène apportent un petit plus
à cette soirée délicieusement pop
Malheureusement,
le préposé au changement des diapos décida
daller satisfaire un besoin pressant en plein milieu dun
morceau, ruinant leffet visuel du titre suivant. Des branleurs,
on vous disait... Mais cest aussi pour ça quon
les aime ! Le concert avait commencé par le lancinant morceau
Ce que lon peut semmerder mais à la fin
du set, pas le moindre sentiment dennui à lhorizon,
pas plus que limpression davoir été arnaqué
par un groupe mou et copieur !
La
scène pop clermontoise nétant pas si désertique
quon pourrait le croire, avant le concert de La Position
du Tireur Couché, on avait pu voir à luvre
le groupe Bolik, de retour dun tournée mondiale
de la Belgique dune seule date
Tout auréolés
de leur épopée belge, où ils furent chaleureusement
accueillis paraît-il, les cinq Bolik ont franchi un
nouveau palier. Avec un son excellent, des musiciens soudés,
une monstrueuse batterie Staccato et des chansons tarabiscotées
et originales, on ne voit pas bien ce qui pourrait les arrêter
dorénavant
Peut être le batteur du groupe, un
certain François A. qui fait un peu peur au public
avec ses gesticulations hystériques derrière ses fûts,
quand ce ne sont pas des trémoussements ultra explicites
un tambourin à la main, ou des gémissements évoquant
une star du porno sur le point de finir sa journée de travail
 
Mais
là nest pas lessentiel (même si cest
assez drôle à voir), ce qui provoque des étincelles
dans le cerveau ce sont les morceaux composés par François
Doreau alias Witold Bolik, à la fois surprenants,
marquants, entraînants et sinueux. Cela commence souvent calmement,
puis tout part en vrille, plongeant ainsi l'auditeur dans l'inconnu.
Les musiciens prennent un malin plasir à apporter une touche
bizarroïde à leurs créations : cassures dans
le rythme, montées bruitistes, instruments peu utilisés
en temps ordinaire... Et le public de se retrouver pris dans un
maelström sonore dont il ne ressort pas indemne.
Les inconscients qui se sont privés de ces deux très
bons concerts pour assister à une énième défaite
dun club français en finale dune Coupe dEurope
ont commis une grossière erreur, quils doivent aujourdhui
amèrement regretter.

A
lire également : des chroniques de concerts de LPDTC
au Velvet
et Bolik à L'atelier
et Aux
Quatre vents, et enfin une interview
de La Position du Tireur Couché.
Sites
Internet : http://bolik.skynetblogs.be/,
http://witoldbolik.chez.tiscali.fr/.
Pierre
Andrieu
Photos : Jean-Philippe Guillaumont
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