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Critique du 2 octobre
Rentrée des classes agitée hier soir
à la Coopérative de Mai. La soirée d'ouverture
de la saison 2004/2005 a permis de voir défiler au tableau
noir devant toute la classe - plus de 400 personnes - Yann Seul
(régional de l'étape appliqué et en forme),
Pierre Bondu (surdoué en chanson pop), Florent
Marchet (bon élève énervé par l'indiscipline
de ses petits camarades) et Didier Super (cancre invétéré
et accessoirement idole des jeunes). C'est toujours la même
histoire, tout le monde était venu pour voir le mauvais élève
faire le clown, « celui qui fait rien que des idioties
pour faire se poiler les autres ». Les autres candidats
ont dû faire face à un public inattentif, gueulard
et impatient, c'est la principale fausse note de cette soirée
assez réussie par ailleurs.
Premier à passer le grand oral, Yann Seul s'est attaché
à présenter sobrement ses prometteuses nouvelles chansons
à un public encore tolérant à cette heure.
Il a su s'attirer la bienveillance de l'assistance grâce à
la qualité de ses morceaux pop en français, mais aussi
en utilisant avec tact un humour aussi décalé qu'osé
pour présenter ses textes. Après un premier disque
et des concerts remarqués, Yann Seul devrait encore
faire parler de lui sous peu : la publication de son nouvel album
est imminente.
Peu après, Pierre Bondu est venu présenter
son excellentissime album, Quelqu' un quelque part. Sosie
vocal et physique de Jean-Louis Murat - bien connu rue Serge-Gainsbourg
-, Pierre Bondu a fait preuve de sa classe habituelle
malgré une certaine nervosité - sans doute due à
un retour sur scène et à un public commençant
à manifester des signes d'agacement assez incompréhensibles.
On souhaite vraiment à ces gens d'avoir en face d'eux un
songwriter aussi doué à chaque fois. Textes introspectifs
très bien écrits, musique admirablement pop, reprise
de La machine - le tube du groupe Holden -, rien ne
manquait à ce concert. En formation réduite (sans
claviers, ni cordes ou deuxième guitare), Pierre Bondu
a prouvé que ses morceaux tenaient la route sur scène.
On espère le revoir très vite !
Contrairement au festival de Sédières où ses
blagues avaient fait mouche et détendu l'atmosphère,
permettant par la suite de découvrir des chansons bien écrites,
Florent Marchet a prêché dans le désert
pendant toute la durée de son set. Le brouhaha général
lui a même coupé l'envie de parler entre les morceaux,
et on le comprend ! Difficile de présenter son premier album,
Gargilesse, dans des conditions aussi mauvaises. Du coup,
les morceaux qui avaient faits bonne impression en Corrèze
ont paru moins marquants à la Coopérative de Mai.
Après une reprise de Et quand bien même - un
titre signé Gainsbourg (pour Jane Birkin) -,
Florent Marchet et ses acolytes s'éclipseront assez rapidement,
vexés. On le serait à moins, surtout quand on voit
l'accueil réservé à leur successeur sur les
planches quand il décapsule une bière avec sa guitare
(un « exploit » désormais obligatoire
pour se faire signer par une grosse maison de disques et s'attirer
les faveurs du public ?).
La place est maintenant libre pour le chanteur que tout le monde
attend, le « fameux » Didier Super. Dès
son arrivée, il triomphe et cabotine, à la grande
joie de l'assistance hystérique et pliée en deux à
la moindre de ses facéties. Il faut avouer que cet hurluberlu
a des talents d'acteur peu communs : on a l'impression d'assister
à un spectacle de théâtre de rue, parfois drôle,
souvent lourdingue, en tous cas assez épicé. Il semble
quand même y avoir une erreur de casting, pourquoi avoir programmé
ce rigolo en tête d'affiche d'une soirée "chanson
pop en français" ? Certes Didier Super utilise
la même langue mais d'une tout autre façon, cela va
sans dire. Blagues à deux balles, provocations faciles, ressorts
comiques usés jusqu'à la corde, rien n'est épargné
au public, qui en redemande bien évidement. Il faut dire
que devant cette déferlante de conneries ininterrompues,
on ne peut s'empêcher de rire, même en grinçant
des dents devant les allusions pachydermiques à la pédophilie,
au viol, au racisme, à l'homophobie et à la misère.
Même s'il est secondé par une contrebassiste souffre
douleur et un idiot du village à la flûte, à
la pédale de distorsion et à la grosse caisse (sur
la tête), nous assistons donc à un « one man
show » de Didier Super. Celui-ci se faisant fort
de démontrer à quel point il chante mal, joue - mal
- de la guitare et écrit mal. L'album de Didier Super
- plutôt drôle à la première écoute,
mais on n'a pas tenté l'expérience une seconde fois
- s'intitule Vaut mieux en rire que s'en foutre (disponible
chez tous les disquaires qui ont des couilles, dixit son site Internet),
la bonne attitude à adopter semble être de s'en foutre
en riant jaune.
Sites Internet :
www.didiersuper.com,
www.pierrebondu.com, www.yannseul.com
et www.florentmarchet.com
.
A lire également : un
entretien avec Yann Seul.
Pierre Andrieu
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