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Critique du 17 novembre
Fort heureusement prévenu à temps que le concert annoncé
à 20h30 allait en fait débuter à 20h (au mépris
total du public et du groupe assurant la première partie),
nous arrivons à l'heure dite en croisant dans la rue moult
camions et bus de tournée. Tout ça pour deux groupes
et six musiciens : les choses ont vraiment avancé à
la vitesse grand V pour Franz Ferdinand depuis la sortie
de leur premier disque en février 2004.
« Fuck the people of America
! »
Devant une salle qui se remplit doucement (mais sûrement),
le groupe américain The Kills débute finalement
son concert à 20h15 après une petit speech de la chanteuse
exprimant son immense désarroi après la victoire du
désastreux George W. Bush. Le faciès toujours
aussi creusé par les excès en tous genres, la sombre
jeune femme arbore même un t-shirt sur lequel s'affiche un
« Kill him » sans équivoque. La fameuse
chanson Fuck the people est même dédicacée
au peuple américain, coupable d'avoir réélu
qui vous savez. La volonté d'en découdre de VV
et Hotel, les deux membres des Kills, est donc manifeste
! Et cela donne un concert hargneux, tranchant et ultra violent,
peut être encore plus puissant qu'à la Route du
Rock cet été, où le power duo avait déjà
fait très forte impression. Une guitare sonnant hyper crade,
une boite à rythme assurant le minimum syndical, un chant
vociféré avec conviction et le tour est joué
: cette journée merdique devient mémorable grâce
à une série de morceaux secs, basiques, sans une once
de gras. Rien de nouveau là dedans, mais du rock servi les
dents et la gorge serrées avec la rage d'une Lou Reed
ou d'un John Cale répétant à la Factory.
Ce couple à la scène comme à la ville délivre
une violente décharge de sexe, de révolte et de haine
; les concerts des Kills sont véritablement
d'une rare intensité.
Franz Ferdinand triomphe, encore une fois

Même si on sent que tout est parfaitement
huilé et que l'improvisation n'a pas sa place, le méga
show de Franz Ferdinand fait toujours un effet considérable,
que ce soit la première fois ou la deuxième fois (voire
la troisième, quatrième etc) qu'on le voie. Les morceaux
composés par Alex Kapranos et Nick McCarthy -
deux divins et survoltés guitaristes/chanteurs - provoquent
inévitablement une envie de danser en hurlant sa joie. C'est
normal, c'est fait pour. Franz Ferdinand possède un
enthousiasme, un sens du spectacle et une énergie peu communs,
les salles de concert du monde entier en ont fait l'expérience
réjouissante. Que ce soit dans une salle de 1500 personnes
gonflées à bloc comme la Coopérative de Mai
ou devant 15000 fans hystériques aux Eurockéennes
à Belfort 2004, la magie opère dès les premières
notes de Michael et ne retombe pas, même avec les nouveaux
morceaux (This boy et I'm your villain, dans la lignée
de leurs prédécesseurs), les faces B ou la reprise
d'un obscur groupe écossais (Use me).

Un sens inné du gimmick qui tue et rend complément
fou
Le seul véritable reproche que l'on puisse faire au groupe
de Glasgow, c'est le surmixage de la basse (ah, les aléas
de la sonorisation !) et une attitude de triomphateurs parfois une
peu mécanique. Sinon, même si on les a déjà
entendus des dizaines de fois, Matinee, Darts of pleasure, Take
me out ou encore Tell her tonight, This fire ou Jacqueline
surprennent encore et toujours par leur incroyable puissance,
les multiples riffs accrocheurs dont ils sont truffés et
leurs parties vocales aussi travaillées que parfaitement
exécutées. On pense très fort aux Beatles,
aux Talking Heads et à David Byrne, à
Joy Division et à Ian Curtis, à
Wire et à Gang of four mais
c'est bien la touche Franz Ferdinand qui fait la
différence et emporte immanquablement l'adhésion.
Les quatre garçons parfaitement lookés ont en effet
un sens inné du gimmick - de guitare, de claviers ou de basse
- qui tue et rend complètement fou. Joué de manière
plus musclée sur scène, leur mélange de disco
punk, de rock arty et de pop synthétique classe, est tout
simplement imparable. On a hâte d'entendre ce que les quatre
Ecossais dans la tourmente du succès vont enregistrer après
la fin de leur tournée ; le don qu'ils possèdent pour
trousser des hits va-t-il encore se manifester de manière
aussi éclatante à l'avenir ?

A consulter également : les comptes-rendus des concerts de
Franz Ferdinand à
Belfort en juillet 2004 et The Kills à la
Route du rock en août 2004, ainsi que les chroniques
des disques des deux groupes : Franz
Ferdinand et Keep
on your mean side .
Sites internet : www.franzferdinand.co.uk,
www.thekills.tv
(Photo Jean-Pascal Blache à Belfort, en juillet
2004)
Pierre Andrieu
Lire aussi les chroniques de Sophie
Croc, Michel Michel et de
Sandra Planat.
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