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Critique du 13 AVRIL
The Baptist Generals
+ Scott H. Biram + Power Solo + White Hassle + Kenny Brown + The
Legendary Tiger Man
La Coopérative
de Mai (Clermont-Ferrand) mercredi 22 février 2006
Tout s’annonçait sous les meilleurs auspices pour
la première édition de la Nuit de L’Alligator à
la Coopérative de Mai : une programmation de qualité, une grande
salle décorée façon club de blues intimiste (avec des éclairages
tamisés) et un public ayant répondu présent pour des artistes peu
connus… Dans ces conditions idéales, c’est donc avec joie qu’on
participe à l’Happy Hour en reparlant du superbe – mais un peu court
– show case donné par Power Solo dans l’après midi chez le
disquaire Spliff (8 rue de la Treille, Clermont-Ferrand) : trois
musiciens contents de jouer pour une assistance ravie, de bons morceaux
punk n’ rockab blues interprétés avec les amplis au plus bas et
sans micro, des blagues et autres discours drolatiques en français,
et enfin quelques pitreries : une duck walk à la Chuck
Berry suivie d'un petit tour dans la rue, guitare en bandoulière…

The Baptist Generals : mes respects messieurs !
Ce sont les Texans de Baptist Generals qui ont la lourde
charge de débuter la soirée avec un folk blues hillbilly de très
bonne tenue… Sous leurs faux airs de bouseux (la palme revenant
au bassiste qui, avec son look de barbu mal dégrossi, pourrait postuler
pour intégrer ZZ Top ou faire se retourner dans sa tombe
Dimebag Darrell des inécoutables Pantera), ces gars-là
composent et jouent à la perfection ce qu’ils ont à jouer ; on pense
à une sorte de Grandaddy
sans claviers analogiques et sans guitares distordues. La voix poignante
du chanteur fait en effet souvent resurgir les vocaux du combo récemment
séparé (quelle tristesse !), et comme celle de Jason Lyttle,
elle évoque le style caractéristique de l’immense Neil
Young. Chez les Baptist Generals, les guitares sont
toutes en bois, l’atmosphère n’est pas à la rigolade, mais l’univers
mélancolique et rustique créé se révèle irrésistible pour qui aime
le blues, le vrai, celui débarrassé des solo de guitare démonstratifs.
C’est donc à regret qu’on voit le combo quitter la scène après avoir
demandé comment s’appelle « The big Church on the hill »
qui domine Clermont-Ferrand. C’est la cathédrale de notre bonne
ville et elle est aussi sombre que la musique des Baptist Generals.
Espérons que ces pèlerins aimant propager la bonne parole hillbilly
reviendront rapidement prêcher dans les environs !

Scott H. Biram : Motherfuckin’ good this blues shit !
L’ébouriffant one man band Scott H. Biram ne fera aucune
allusion au fleuron de l’architecture religieuse clermontoise...
Car ce petit polisson bien caché sous sa casquette, son micro qui
sature dangereusement, son pied de grosse caisse et sa guitare qui
couine est plutôt du genre à jurer comme un démon. Et des grossièretés
qu’on n’ose à peine vous répéter... Allez si, on ne va pas faire
comme ces puritains d’Américains qui s’offusquent à la moindre incartade
verbale ; en cette sinistre période de politiquement correct galopant,
c’est quand même bien agréable, une petite bordée de « motherfucker,
asshole, bitch, fuck, bastard, shit etc etc ». La raison de
ce courroux aussi soudain qu’impressionnant et drôle ? L’ampli et/ou
la guitare du monsieur assis tombent en rade dès le début du concert.
Mais notre homme ne se démonte pas, ne perd pas sa bonne humeur,
et après quelques noms d’oiseaux adressés à son matériel récalcitrant,
il improvise avec son harmonica et sa voix sacrément éraillée. C’est
puissant, remuant et furieusement rock ‘n roll. Car le truc de Scott
H. Biram, c’est de tout faire saturer comme sur un vieux 78
tours : sa voix, sa guitare, son harmonica. Absolument tout ! C’est
du blues à la Bob Log III, c’est sale, pas du tout consensuel,
et ça fait fuir les fans d’Eric Clapton et autre boulets
artistiques ayant confondu la musique avec un concours de branlette
sur manche de guitare. Scott H. Biram emmerde cordialement
ces gens-là avec sa musique, et on ne peut que le saluer chaleureusement
quand il prend la poudre d’escampette, non sans avoir repris un
titre du légendaire Son House (un bluesman figurant également
au répertoire des White Stripes). Il faut s’empresser de
jeter une oreille attentive au dernier opus de Scott H. Biram,
l’excellent et bien nommé The dirty old one man band

Power Solo : on demande public svp pour assister à un bon concert…
Maintenant, c’est sûr, il semble qu’une partie du public soit constituée
de gens d’un âge respectable désirant communier avec des guitar
heroes chantant Sweet Home Albama et autres titres de rednecks
white trash vantant le vote de droite, voire d’extrême droite (beurk).
Forcément, ils n’ont pas ce pour quoi ils ont payé, et cela entraîne
une ambiance dramatiquement morne. Il fallait se renseigner avant
de venir les gars, il y a des concerts organisés pour vous dans
les maisons de retraite ou les festivals de bikers (c’est pareil)
! Du coup, Power Solo doit jouer devant une assistance absente
et, en partie à cause de cela, donne un concert beaucoup moins enthousiasmant
que ne pouvaient le laisser espérer sa prestation devant un public
complètement dingue à Rennes
en 2004 et son show case ultra décontracté quelques heures plus
tôt. Toutefois, si le groupe est un peu figé et moins rock ‘n roll
qu’espéré, il n’en conserve pas moins toutes ses qualités quand
il s’agit d’enchaîner un titre de punk blues à un rockabilly mâtiné
de country ou d’aborder un morceau folk au fort parfum d’Americana.
La musique de Power Solo est en effet une sorte
de mélange entre Jon
Spencer Blues Explosion, Heavy
Trash (le guitariste chanteur Kim Kix joue de la
contrebasse sur scène avec eux), Johnny
Cash, Calexico
et… Jacques Dutronc. Les deux frères au physique cartoonesque
et leur acolyte lunaire à la batterie jouent en effet un titre chanté
en français et intitulé Dans les rues de Paris, qu’ils présentent
comme un morceau de l’inoubliable interprète de Il est cinq heures,
Paris s’éveille. Après la fin du concert, certains reprochaient
un manque de personnalité à Power Solo ; ils sont
sous influences, c’est sûr, mais comme la plupart des groupes. Pour
se faire une vraie idée du potentiel scénique des Danois, il faut
les voir dans un petit club ou dans une salle en ébullition, pas
dans un congrès de représentants du troisième âge déguisés en rockers.

White Hassle : frais, minimaliste, puissant et classieux.
Les excellents White Hassle ont eu également à pâtir du manque
de percutant du public, qui attendait de pied ferme Kenny Brown
semble-t-il. Malgré un set irréprochable de bout en bout, les trois
New Yorkais n’ont pas réussi à faire bouger qui que ce soit. Il
faut dire que le groupe n’est pas très souriant et expansif, mais
comment l’être devant une salle aussi endormie ? Qu’importe, ceux
qui voulaient vraiment écouter ont pu remarquer que le guitariste/chanteur/harmoniciste/songwriter
Marcellus Hall et ses deux camarades de jeu, Dave Varenka
à la batterie et un guitariste concentré produisaient un audacieux
et original mix entre la folk music de Dylan, le punk ‘n
blues de Jon Spencer Blues Explosion, la pop de Jonathan
Richman et des Beatles, le rock new yorkais du Velvet
Underground et les country rock songs des Rolling Stones.
Le résultat est réussi, il suffit de tendre l’oreille pour s’en
convaincre. On peut également écouter les excellents
disques de White Hassle, en attendant de les
revoir dans un cadre plus approprié.

Kenny Brown : réservé à une assistance avertie des dangers du
solo de guitare de 10 minutes.
Dès le premier morceau de celui que tout le monde attend, on constate
avec effarement que cet homme, respectable au demeurant (il a joué
sur nombre de classiques du regretté R.L. Burnside), est
celui qui fait tache dans la soirée avec son blues à papa truffé
de solos de guitare démonstratifs au possible et ennuyeux à s’endormir
sur place. Une nouvelle preuve est faite qu’un bon guitariste sachant
se mettre au service des compositions des autres, ne fait pas forcément
un artiste solo marquant… En regardant autour de soi, on constate
que les tristes sires qui étaient éteints pendant les prestations
des groupes précédents ont repris du poil de la bête, tapent du
pied avec leurs santiags et remuent un peu leurs popotins et leurs
ignobles vestes à franges. C’est vraiment désespérant d’assister
à pareil spectacle, c’est moi qui vous le dit. Comment peut-on prendre
son pied en regardant un trio sans aucun charisme enchaîner les
morceaux interminables avec un manque de conviction flagrant ? Le
principe des titres de Kenny Brown est simple :
une section rythmique en pilotage automatique attend que ça se passe
pendant que le soliste chanteur fait couiner sa six cordes entre
deux aboiements dans le micro. C’est tout simplement insupportable
et s’il ne restait pas The Legendary Tiger Man à l’affiche,
on irait volontiers se jeter dans les bras de Morphée…

The Legendary Tiger Man : un one man band capable d’emmener n’importe
qui au paradis du blues sexy et primitif.
Après une interminable attente, Paulo Furtado alias The
Legendary Tiger Man, monte enfin sur scène vers 1h30 du matin,
devant une salle désormais presque vide, c’est très énervant ! Car
le frontman des excellents Wraygunn,
aperçus dans le club de la Coopé en novembre, mérite mieux qu’un
accueil endormi et tout juste poli pour les morceaux de blues hysterico
punk de son projet solo. Malgré son physique chétif (un peu à la
Beck, mais avec une cravate et un costard noir), sa position
assise et son unique présence sur scène, « le légendaire homme tigre
» réconcilie avec le blues, en deux temps trois mouvements. Avec
un micro distordu, une guitare hurlante, un bottleneck, un kazoo
et une batterie actionnée au pied, cet homme-là est paré pour emmener
n’importe qui au paradis du blues sexy et primitif. Malgré le peu
de réponse du public, The Legendary Tiger Man s’en donne
à cœur joie et tente – avec un début de succès – de bousculer les
gens complètement groggy qui sont en face de lui. Ce musicien dégage
une telle puissance qu’il aurait pu s’appeler Power Solo
ou être surnommé monsieur 100 000 volts, si ce n’était déjà pris.
Sa prestation avec Wraygunn nous avait réchauffé les sens
et l’on avait le plus grand respect pour ses disques en solo – quelqu’un
qui intitule un album Fuck Christmas, I got the bues ne peut
pas être foncièrement mauvais ; c’est donc avec le plus grand plaisir
qu’on reverra Mr. Furtado, quelle que soit l’appellation
sous laquelle il se « cache ».
On repart en se disant que La Nuit de l’Alligator est
une excellente initiative, qu’il faudra absolument reconduire l’an
prochain… En faisant deux plateaux de trois groupes dans le club,
plus adapté. Et en programmant uniquement des groupes de blues folk
pop punk, après avoir bien expliqué en quoi cela consiste dans le
programme… Cela évitera les problèmes rencontrés par l’édition numéro
1, espérons-le !
Sites Internet : www.lesnuitsdelalligator.com,
www.baptistgenerals.com,
www.scottbiram.com,
www.powersolo.dk,
www.whitehassle.com,
www.kennybrown.net,
www.legendarytigerman.com.
Pierre Andrieu |