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Critique du 16 décembre
Chaude soirée à la Coopérative
de Mai, pour l'étape clermontoise du Monsters in love tour
de Dionysos : une grande salle qui affiche complet, un public en
ébullition, un show total de presque deux heures, sans oublier une
première partie superbe, Tara King Th.
Tara King Th. : un trio français promis
à un bel avenir.
Désormais superstars multiplatinées adulées par
un public de plus en plus nombreux, les membres de Dionysos
se souviennent néanmoins très bien qu'ils ont dû faire leurs premières
armes en passant avant des groupes plus connus qu'eux à l'époque.
Ils renvoient donc l'ascenseur en proposant à de nombreux artistes
en devenir de bénéficier de leur succès. Ce soir, c'est le trip
hop classieux de Tara King Th. qui a la rude tache d'affronter
un public jeune, impatient et peu respectueux. Car si la tête d'affiche
de la soirée a de la mémoire, les auditeurs du Mouv' (un robinet
à singles à la botte des maisons de disques, et financé par la redevance
en plus !) n'en ont pas forcément ; pour eux les premières parties
sont chiantes, ils veulent voir les vedettes... et tout de suite,
s'il vous plaît ! Ce sont les mêmes qui dans six mois ou un an,
apprécieront le son de Tara King Th ; mais pour
le moment, ils s'en tamponnent comme de leur premier SMS envoyé
pour « sauver » tel ou tel tocard de la Star Ac'. Pour
pouvoir apprécier à sa juste valeur la musique du trio en provenance
de Romans-sur-Isère, il ne faut donc pas avoir peur de se déplacer
dans la salle, afin d'éviter les importuns. Pendant le temps qui
leur est imparti, les musiciens (une chanteuse timide mais habitée,
qui joue également des claviers, un excellent batteur/bidouilleur
et un organiste doué) démontrent l'étendue de leurs talents ; dans
un registre très inspiré par les ambiances cotonneuses de Portishead
et la voix spectrale de Beth Gibbons. Si l'on pense très
fort à Miss Gibbons et à son mythique groupe, les
morceaux lancinants, cinématographiques et captivants de Tara
King Th. saisissent l'auditeur/spectateur dès le début,
pour ne plus le lâcher jusqu'à la fin du set. On tient là sans aucun
doute un groupe promis à un bel avenir.
La métamorphose de Mister Malzieu en
Giant Mathias.
Quelques SMS, joints et photos avec téléphone portable
plus tard, le jeune public est ravi de voir arriver les vedettes
qu'il vient sans doute de découvrir, et c'est très bien comme ça
(on ne va pas jouer aux vieux cons). Pour notre part, on a déjà
vu le grand cirque Dionysos sur scène un nombre incalculable
de fois dans les lieux les plus divers (petits - Espace Couriat
à Riom en 1999, Théâtre de Vichy en 2003 et Sédières en 2004 -,
de taille moyenne - la Coopé en 2000 et 2002 - ou immenses : le
Printemps de Bourges 2003, les Eurockéennes 2003, les Efferv'Essonne
2002, la Route du Rock 2004) et à chaque fois le show présenté est
identique. mais différent. Car si le combo monté sur ressorts joue
à fond son punk n' blues folk avec le sourire aux lèvres dès qu'il
foule les planches, si Mathias se jette systématiquement dans la
foule, et si tout le monde semble prendre son pied, il y a toujours
des surprises : des titres acoustiques, des reprises bien senties,
une durée inédite de surf sur la foule, un bon mot de Mathias. Ce
soir, à la Coopé, le show est dans la grande tradition du groupe
de Valence, mais de nombreux nouveaux morceaux (excellents en live,
comme sur disque d'ailleurs) sont interprétés tantôt en version
punk supersonique, tantôt en version folk au ukulélé, et ce dans
un décor aussi inédit qu'inquiétant de forêt à la Tim Burton.
Dans cet écrin éclairé avec talent, la métamorphose de Mister Malzieu
en Giant Mathias peut s'opérer sans aucun problème. Notre héros
énervé (malgré une grosse angine) est en plus accompagné par une
galerie de montres pas exactement maladroits avec leurs multiples
instruments de torture : scie musicale, guitares en fil de fer barbelé,
basse dangereuse, énorme contrebasse, batterie diabolique, violon
coupant, claviers sauvages, ukulélé inoffensif (mais en apparence
seulement).
« My name is John McEnroe, my name
is not Yannick Noah : I'm not doing motherfuckin' reggae ! »
Inaugurée par Giant Jack, sur lequel Mathias
fait son Nick Cave et où son groupe se prend pour un Stooges
Blues Explosion, la set list permet de faire un tour complet
du propriétaire avec de multiples arrêts sur Monsters
in love (le très Kills
Old child, une « chanson de non amour », Tes lacets sont
des fées , Broken bird, La métamorphose de Mister
chat, Mon ombre est personne, Le retour de Bloody
Betty - qui permet à Mathias de se jeter une première fois dans
le public -, Lips story in a chocolate river, un très bon
duo à la Nick Cave/Kylie Minogue avec Babeth, Miss Acacia
au ukulélé, Neige, L'homme qui pondait des oeux etc.)
sans oublier une reprise superbe de Léo Ferré (Thank you
satan) et quelques morceaux de Western sous la neige,
comme Déguisé en pas moi et McEnroe's poetry. Sur
ce titre carrément sportif, Mathias lance un hilarant : « My
name is John Mac Enroe, my name is not Yannick Noah, I'm not doing
motherfuckin' reggae ! ».
J'adoooooooooooooooooooooooooooooooooore
regarder jouer Dionysos !
Comme prévu, le méga show se termine sur une version
bruitiste et acrobatique de Song for Jedi où Mathias se fait
porter jusqu'en haut des gradins, avant de redescendre en nageant
sur la foule. Après s'être brièvement pris pour Philippe Katerine
Au Louxor (il ne va pas jusqu'à hurler « J'adooooooooore
» comme son ironique acolyte, il choisit plutôt de beugler «
Je coupe le son . et je remets le son ! » pour encourager son
groupe à arrêter puis à reprendre son raffut), il finit par quelques
vers du premier hit enregistré pour Sun Records par Elvis Presley,
That's all right mama. Puis le groupe salue, recueille une
longue standing ovation et les six musiciens - ravis par l'accueil
dans la salle et en coulisses - quittent la scène ; peu après, Mathias
revient seul jouer de l'harmonica et chanter a capella (et sans
micro) Neige, dont le texte est repris en coeur par toute
la salle. Les lumières se rallument définitivement au son du magistral
titre d'Arcade Fire, In the backseat ; c'est le point
final (pour cette soirée) du sombre et réjouissant conte de fées
musical écrit par les six enfants terribles de Dionysos. Les dates
de concerts de Dionysos sont là.
A lire également : une interview
de Mathias en 2002, ainsi que les comptes rendus des concerts à
La
Route du Rock 2004, Sédières
en 2004, à Belfort,
Bourges
et Vichy
(en acoustique) en 2003, puis à Clermont-Fd
et Vienne,
en 2002.
Sites Internet : www.dionyweb.com,
www.tkth.com
Pierre Andrieu
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