|
Critique du 19 JANVIER
Fans
de...
Quel intérêt de se déplacer dans une salle de concert
pour aller voir un Tribute to The Beatles, c'est-à-dire un
groupe qui rend hommage à John, Paul, George et Ringo ? Et bien
tout simplement parce qu'on n'a jamais eu l'occasion de voir les
Beatles sur scène, comme la majorité des 1000 personnes présentes
en ce samedi soir à la Coopérative de Mai, et qu'à l'instar de ce
public familial et pas exactement jeune, c'est un grand regret.
Car les quatre de Liverpool, ce n'est un secret pour personne, ont
sorti des disques dont on parlera encore jusqu'à la fin des temps.
On se rend donc rue Serge-Gainsbourg avec une pointe d'appréhension
: les Rabeats (from Amiens, France. ) vont-ils nous faire
passer un bon moment en rendant un hommage classieux au groupe dont
ils sont archi fans ou vont-ils nous déprimer en massacrant les
morceaux mythiques qui ont bercé leur jeunesse ?
On est en décembre 2005 à Clermont-Ferrand,
pas au Shea Stadium de New York, en août 1965.
On remarque en arrivant dans la salle que le plus grand
soin a été apporté au décor : la batterie est surélevée comme celle
de Ringo Starr en son temps, de grandes tentures en lamé
donnent une impression sixties très réussie, et enfin l'immense
logo The Rabeats en met plein les yeux. C'est de
bon augure. Puis, les quatre Rabeats arrivent sur
scène sous les cris - un peu timides au début : on est en décembre
2005 à Clermont-Ferrand, pas au Shea Stadium de New York, en août
1965. - de l'assistance. Même si l'entrée est plutôt réussie et
si les premiers morceaux mettent immédiatement dans l'ambiance,
il y a des détails qui nous chagrinent un tantinet : le groupe porte
des lunettes de soleil qui ne font pas d'époque, le chanteur/guitariste/organiste
joue à la fois le rôle de Lennon et celui de McCartney,
la guitare de George n'est pas la même, le bassiste et le guitariste
ressemblent plus à des videurs de boîte de nuit qu'à des stars du
rock. Et puis, il y a cette question qui nous taraude : « Perruques
or not perruques ? » Tout cela est quand même beaucoup moins
sexy que l'arrivée triomphale de Franz Ferdinand sur la scène
du chapiteau des Eurockéennes
de Belfort, en juillet 2004 ! Ce jour-là, on avait
en effet cru voir débouler les vrai Beatles sur
les planches.
Les Rabeats sont un vrai groupe, qui
se prend pour les Beatles certes, mais un vrai groupe quand même.
Malgré le manque de prestance des Rabeats,
il faut avouer qu'on se laisse assez vite prendre au jeu : la voix
est bien assurée et les reprises tiennent parfaitement la route.
Logiquement, le public commence à y croire et devient de plus en
plus chaud, même si on est assez loin de la Beatlemania. Il faut
dire qu'en fans dignes de ce nom les Rabeats ne
ménagent pas leurs efforts pour faire comme si : les titres extraits
de toute la carrière des Fab Four sont reproduits avec force détails
sonores et les petits discours entre les titres sont en anglais.
Si les enchaînements sont un peu risibles (« I need your help
! », juste avant le morceau du même nom, « Cos we're day
trippers. » avant. Day tripper), on sent que tout cela
est bien huilé ; la tournée en première partie du regrettable spectacle
Fan du non moins regrettable Pascal Obispo (auteur
de Lucie et pas de Lucy In The Sky With Diamonds,
il y a comme un gouffre entre les deux) semble avoir porté ses fruits
: les Rabeats sont un vrai groupe, qui se prend
pour les Beatles certes, mais un vrai groupe quand
même. La machine à remonter le temps fonctionne parfaitement et
l'on se délecte sans arrières pensées des versions de Hard days
night, Twist and shout , She loves you, Revolution
1, Back in USSR, I am the walrus, I want you,
Get back, entre autres titres entrés dans la mémoire collective,
lors d'un show avec entracte (!) de presque deux heures. Le public
a droit à son moment karaoké sur Hey Jude, Let It be
et Michelle, verse sa petite larme sur Yesterday,
joué en solo par le chanteur, et tout le monde semble passer un
moment agréable.
Comme la parité est respectée entre les titres rock 'n roll et les
tubes consensuels, on repart content de sa soirée, non sans s'être
réjoui de la version d'Helter Skelter jouée en dernier rappel.
On ne sait toujours pas si les Rabeats portent des perruques
ou pas mais on sait que leur show rend un bel hommage aux Beatles,
et donne une furieuse envie de se replonger dans leur discographie
sans tache.
Sites Internet : www.rabeats.com,
www.thebeatles.com.
Pierre Andrieu
|