|
Critique du 13 AVRIL
MANSFIELD
TYA
Un spectacle à voir absolument
En ouverture de la première soirée des Volcaniques
de Mars 2006, Mansfield. TYA a sans doute
donné le concert le plus réussi du festival, devant une assistance
nombreuse venue principalement pour voir sur scène le rock ethno
- assez vite fatiguant - de Lo'Jo et le rock festif
affligeant de La Milca. On pensait que le public
écouterait Julia Lanoë (chant, guitare, claviers,
batterie sur un titre) et Carla Pallone (violon,
pump organ, claviers) d'une oreille distraite en parlant fort, ce
qui aurait été intolérable vu le caractère intimiste de nombre de
leurs compositions, mais la majorité des gens ayant fait le déplacement
sera conquise dès le premier morceau interprété par les jeunes nantaises.
Attentifs pendant l'interprétation des morceaux de l'album June,
les festivaliers feront un véritable triomphe au duo à la fin de
chaque titre. Un véritable miracle, mesdames et messieurs ! On n'avait
pas vu un public aussi respectueux depuis des lustres, ça fait chaud
au coeur de ne pas être entouré par des veaux incultes et lourdingues,
une fois n'est pas coutume !
Show case émouvant dans l'après midi...
Prévoyant le pire, on était allé assister au show case
donné par Mansfield. TYA durant l'après midi dans
la cadre du forum de la FNAC de Clermont-Ferrand, ce qui nous avait
permis de constater une nouvelle fois (après Sédières, cet été)
que les deux jeunes femmes donnent une incroyable force à leurs
morceaux en concert. Malgré une timidité visiblement difficile à
maîtriser et un public silencieux, Mansfield. TYA
émeut aux larmes avec ses notes et ses mots. Les dernières réticences
sont balayées par un torrent d'émotions contrastées.
Concert renversant le soir.
Inutile de dire qu'on prend bien soin d'arriver à l'heure le soir
même, pour ne pas louper une miette du concert, qu'on espère plus
long que le show case. Nos voux seront exaucés car le festival Les
Volcaniques de Mars laisse le temps aux artistes de
s'exprimer : la durée des concerts est correcte même pour les premières
parties et, chose rare, les rappels sont autorisés. Conditions idéales
donc pour assister à concert mémorable. La voix mutine de Julia
(on pense à Chan Marshall de Cat Power),
sa guitare tranchante (là, ce sont les irrésistibles Shannon
Wright et PJ Harvey qui viennent à l'esprit),
le violon insoumis de Carla et les quelques notes égrenées par chacune
d'elles sur un piano font le reste. Le public est sous le charme
de l'univers de Mansfield. TYA, qui peut prendre
des atours chanson folk - en français ou en anglais -, rock bruitiste
dissonant ou punk rock tendu à l'extrême. Les arrangements sont
aussi sobres qu'hallucinants de richesse ; c'est fou, tout ce qu'on
peut faire avec si peu de moyens quand on a de bonnes idées ! La
communion entre les deux musiciennes est impressionnante, ce qui
contribue au succès du show : jamais éloignées de plus d'un mètre,
les deux acolytes sont souvent si proches que l'une pourrait jouer
sur l'instrument de l'autre. Les yeux mi-clos ou fermés, le bouche
grande ouverte ou les mâchoires serrées, Julia et Carla vivent leur
musique à fond. Et dégagent une ferveur vraiment rafraîchissante.
Poignant, remuant, subversif, adolescent - en un mot, renversant
-, le monde de Mansfield. TYA a fait tourner la tête une heure durant
à un auditoire aux anges, malgré la mélancolie du propos. Un spectacle
à voir absolument.
Sites Internet : mansfieldtya.free.fr,
www.inforockauvergne.com.
Pierre Andrieu
Lire aussi la chronique de Jean-Michel
Planat sur les Volcaniques de Mars.
|