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Critique du 7 décembre
Sex & rock 'n roll
L'affiche Wraygunn + The Film a permis de chasser le blues
du lundi soir en province au mois de novembre à grands coups de
décibels et de textes sexuellement connotés. Même si le club de
la Coopérative de Mai sonnait un peu creux, les aficionados de rock
fiévreux qui s'étaient déplacés n'ont pas eux à le regretter : The
Film est désormais une redoutable machine de guerre scénique,
quant à Wraygunn, c'est un sérieux prétendant au trône de
superstar du punk 'n blues sexy, toujours occupé par l'inestimable
Jon Spencer.
Electric warriors
La soirée commence par une bonne décharge de punk rock glam signée
The Film. Le groupe, qui évolue désormais à quatre sur scène,
a accompli des progrès considérables depuis son concert en première
partie de Dionysos
au festival de Sédières, en juillet 2004. Avec un batteur, les excellents
titres qui figurent sur le premier album des bordelais sont maintenant
ultra percutants sur scène. En plus, cela encourage Guillaume
Brière et Benjamin Lebeau à se lâcher sur leurs instruments
(basse énorme, guitare, machine à envoyer des riffs) et leurs micros
respectifs comme des guerriers électriques. Les violents gimmicks
à la Ron
Asheton, à la Marc Bolan, voire à la Keith
Richards, se succèdent donc, ce qui donne envie au chanteur
de sonner comme Iggy Pop sur Nightclubbing ou à la
manière de T.
Rex ou David
Bowie dans les années 70. Le saxophoniste/organiste n'est
pas en reste : il s'en donne lui aussi à cour joie et épice le tout
d'interventions bien senties. C'est extrêmement rock 'n roll, furieusement
sexy (le guitariste en rajoute une couche en criant comme une femme
sur le point d'atteindre l'orgasme), méchamment glam rock et sacrément
punk. En un mot, c'est parfait. Sauf que l'ingénieur du son et le
groupe ont choisi de jouer très fort et très agressif, alors qu'ils
n'ont pourtant pas besoin de ça pour cacher un manque de morceaux
corrects. Malgré cela, The Film mérite toutes les félicitations
pour sa prestation enflammée.
Pas de Boogie Woogie avant de
faire vos prières du soir.
En matière de prestation enflammée (et de feu dans le slip), le
groupe portugais Wraygunn et son leader Paulo Furtado
en connaissent également un rayon. La puissance de feu de Wraygunn
est en effet assez impressionnante : boosté par deux choristes aussi
craquantes qu'impressionnantes (et qui sonnent plus soul et moins
variétés que sur le disque), d'un organiste scratcheur pas maladroit
du tout, d'un batteur et d'un percussionniste habiles de leurs mains,
le leader du combo auteur de Ecclesiastes 1.11. peut sans
aucun problème évangéliser les foules avec son divin mélange de
punk, blues, gospel et soul. Malgré le côté peu varié des compositions
(certaines ont tendance à se ressembler), Paulo arrive très bien
à provoquer ce qu'il appelle de ses voux pieux : déclencher la transe
avec ses compositions lardées de guitares blues et d'aboiements
de loup en rut. L'influence de Jon Spencer Blues Explosion
et des Cramps est flagrante, mais ce n'est pas désagréable,
bien au contraire. Car l'énergie dégagée est impressionnante, le
joie de jouer est totale et le message est clair : éclatez vous
! Ce prêtre plus près des idées du Reverend Horton Heat que
de l'Abbé Pierre - même si celui-ci a récement avoué avoir fauté
- préconise, un peu à la manière de l'ex Chaussettes Noires
Eddy Mitchell, de ne pas se lancer dans un Boogie Woogie
avant de faire les prières du soir. Mais après les bondieuseries
gospel soul ( Soul city, Keep on praying), M.Furtado
encourage à se vautrer dans la luxure et la débauche, voire carrément
à photographier ses ébats la nuit durant (Lust, Drunk
or stonded, Snapshot, All night long). Et
au cas où certains seraient dur de la feuille, l'homme n'hésite
pas à descendre de scène pour montrer la voie à suivre en mimant
les préliminaires et l'acte sexuel avec la complicité de jeunes
femmes pas si innocentes que ça. Comble de la jouissance, cette
brillante démonstration de sex & rock 'n roll (deux mots qui vont
très bien ensemble aurait dit Paul McCartney), est agrémentée
de reprises flamboyantes des Kinks (You really got me,
un tube qui rend fou) et des Who (My generation, tout
simplement un hymne). On croyait voir débouler un sinistre prêtre
rock et l'on a vu pendant un heure vingt sur scène un dieu du punk
'n blues super sexy ; Wraygunn et son leader nous ont bien
eu.
A lire également, la critiques de l'album de The
Film.
Sites Internet : www.wraygunn.com,
www.thefilm-music.com
Pierre Andrieu
Lire aussi la chronique de Jean-Michel Planat
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